Gwendal, l'artiste aux toiles de pierre
Il y a vingt-six ans, un mur n'était qu'un mur. Sous le pinceau de Gwendal Larher, il devient une fenêtre sur le large, un reflet d'embrun ou une parcelle de mémoire collective. Peintre, muraliste, fresquiste et street-artiste dans l'âme, cet artisan de l'image façonne la matière brute pour briser le silence du béton et faire parler l'architecture.
Des rues morlaisiennes aux grandes écoles d'arts
Le déclic vient de la rue. Né en 1978, Gwendal grandit au cœur d'une culture skate et hip-hop alors en pleine éclosion. Entre les sessions de glisse et le surf partagé avec le futur graffeur Héol, il arpente les rues de Morlaix aux côtés de ses potes, dont Tanguy Destable (Tepr), faisant de la ville un terreau d'expérimentation urbaine. Lorsqu'une blessure interrompt la pratique du skate, la peinture s'impose naturellement comme sa nouvelle voie.
Pour nourrir cette passion, il suit un double cursus exigeant : l'École Pivaut à Nantes, centrée sur les arts appliqués et le dessin narratif, puis l'école Murs'Dec', dédiée au décor peint et à la fresque murale. De cette double formation naît sa signature picturale : une rencontre singulière entre la rigueur chirurgicale du trompe-l'œil classique et l'énergie brute du graffiti.
Compagnonnage et ancrage breton
Formé dans les écoles comme sur le terrain, Gwendal croise très tôt la route du sculpteur Lucien Prigent. Il affine ensuite son regard au Transfo, célèbre ensemble d'ateliers morlaisiens, où il côtoie le sculpteur Jacques Menu, le peintre Pierre Legret et le plasticien Pierre Chanteau — créateur des emblématiques Taol-lagad, serr-lagad disséminés sur le littoral. La photographie de marine est aujourd'hui devenue son nouveau mode de vie : un terrain d'observation quotidien où il aiguise ce même œil pour la lumière, le cadrage et le détail qui nourrissent la justesse de ses œuvres. Cet amour du regard s'enrichit au contact d'amitiés complices avec de grands noms de l'objectif : le photographe morlaisien Hervé Ronné, auteur de référence sur la Bretagne, et François Jannin, photographe officiel de l'Assemblée nationale. Ces échanges au long cours influencent profondément son rapport au geste, à la matière et au paysage armoricain.
Installé à Saint-Martin-des-Champs, sur les rives de la rivière de Morlaix, il travaille depuis son atelier Les Fresques de la Baie. Sa façade, ornée d'un portrait monumental d'Éric Tabarly, annonce d'emblée son aspiration première : une passion viscérale pour la mer. Ayant découvert la voile dès son plus jeune âge sur le voilier construit par son père, l'artiste — qui navigue toujours aujourd'hui en Moth à foil au large de Locquirec — a fait du monde maritime le cœur de son travail.
L'appel du large : trompe-l'œil maritimes et immersion
De cette intimité avec l'océan, Gwendal a fait sa grande spécialité : la réalisation de trompe-l'œil maritimes et immersifs. La mer est le motif le plus exigeant qui soit, mais il la dompte sur les surfaces en faisant disparaître le béton pour plonger le spectateur dans l'illusion du large et des embruns.
Raconter des histoires et valoriser le patrimoine
Avec plus de 300 fresques essaimées à travers toute la Bretagne — de Brest à Rennes, de Quimper à Locquirec —, son geste s'adapte à toutes les échelles. Profondément attaché à son territoire, la valorisation du patrimoine est l'une des valeurs fondamentales de son travail. De la façade de la distillerie Warenghem au pignon d'une maison de pêcheur, il cherche à magnifier l'existant et à instaurer un dialogue fort avec l'histoire locale.
Cette maîtrise et cette sensibilité s'exportent aussi au-delà des frontières : en 2018, invité à l'International Mural Fest d'Australie, son œuvre I'll Journey Soon Around the World a remporté le Prix du Public et une Mention Spéciale du Jury.
Le passeur de mémoire
Toujours en quête d'évolution, Gwendal Larher explore également une voie plus originelle : la déconstruction et la modernisation de l'art pariétal breton. En transposant les motifs millénaires des mégalithes sur l'architecture contemporaine, il crée un pont unique entre le passé et le présent.
« Ces motifs anciens, complexes et énigmatiques résonnent curieusement avec nos propres empreintes digitales », confie-t-il.
Au fil des œuvres et des projets, Gwendal Larher s'est ainsi imposé comme une figure incontournable de la scène artistique bretonne contemporaine. Ses toiles ne sont ni de lin ni de coton : elles sont de granit, de crépi ou de béton. Un art du partage, généreux et profondément ancré, qui fait de la pierre une toile à ciel ouvert et y appose un espace de parole.
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